17/12/2007
PEAU D'ORANGE : "Si vile est la civilisation"
"L’amour des rapatriés pour leur terre et qui ont contribué pendant un siècle à l'œuvre civilisatrice de la France" par Jean-Pierre Grand, "Le Monde".
Cette saillie, nous la devons au député Jean-Pierre Grand commentant les déclarations du chef de l'état français à Alger. Ne nous attardons pas sur sa suspension immédiate de l'UMP, simple symptôme de la conception surprenante de la démocratie au sein de ce parti.
Attardons nous plutôt sur le terme employé : « civilisatrice » car outre le clin d’œil à une communauté susceptible de voter pour lui M. Grand n’utilise pas là un mot anodin et s’il ira flatter la nostalgie d’un âge d’or pour certains, il ne manquera pas sans doutes de blesser comme une obscénité d’autres, notamment tout les héritiers involontaires de la colonisation. Car enfin qu’entend on par civilisation ? Afin de partir d’une certaine consensualité de langue faisant autorité l’académie française reste une bonne base :
« civilisation (définition tronquée) :
1. Ensemble des connaissances, des croyances, des institutions, des mœurs, des arts et des techniques d'une société.
2. État de développement spirituel et matériel tenu pour supérieur par opposition à Barbarie ; ensemble des acquis de l'humanité. »
Donc soit l’on se tiens au second et ça n’a tout simplement aucun sens de parler ainsi soit l’on se réfère au premier et cela devient plus discutable.
Difficile en effet de trouver un groupe ethnique n’ayant pas finalement une civilisation. Certaines seront alors plus avancées technologiquement, culturellement et selon ces critères on pourra alors les comparer, en revanche faire cette comparaison dans l’absolu semble difficile : si le but de la société était le bonheur peut on décemment affirmer qu’on est plus heureux actuellement dans une « grande » civilisation que dans une civilisation tribale ?
Quand bien même on s’en tiendrait à une comparaison purement quantitative encore faut il savoir de quelle civilisation on parle, car si on peut imaginer comme nôtre la civilisation française, il ne serait pas plus faux de parler de civilisation romaine, chrétienne, européenne ou occidentale etc...
Enfin une fois la civilisation définie pour la comparaison purement quantitative, autant elle peut paraître justifiée pour les modes de vie tribales qu’on aurait alors « civilisé » autant elle ne tient absolument pas la route face aux civilisations arabe et indochinoise. Ce serait limiter la civilisation à la technique et chacun, en ce début de XXI éme siècle, doit désormais être conscient de la puérilité du « tout progrès » en terme d’accomplissement : laissant sur le coté la culture qui est l’essence unitaire d’une civilisation, et ne parlons même pas du « tout monétaire », au nom duquel une nation qui n’a pas 400 ans d’histoire s’assois, et s’embourbe sur une nation en ayant plus de 4000.
Cette réintroduction de la problématique post-coloniale est aussi pour nous l'occasion de revenir sur la polémique relancée en début d'année sur le rapport de François Bayrou au colonialisme.
En effet, au cours de la campagne, se sont élevées du berceau de l'humanité des voix rappelant un épisode de la vie politique de François Bayrou.
En 1995, alors ministre de l'éducation national, il accepte, sur proposition d' Alain Griotteray, de retirer du programme du Bac le pamphlet d'Aimée Césaire “Discours sur le colonialisme”.
Au motif qu'il était trop politique.
Malgré les crimes sans nom, malgré les atrocités le rapprochement avec le nazisme semble, il est vrai, déplacé. Déplacé, car il place l'histoire sur le registre de la haine, de l'émotion et l'on sait les dangers de cette approche non raisonnée; pourtant il ne s'agissait justement pas d'histoire mais d'une oeuvre abordée sous l'aspect littéraire, hors l'essence de l'art n'est elle pas politique?
Dans l'acte, dans l'esquisse, comme dans le chef d'œuvre l'art est, d'après moi, fondamentalement politique car créateur de sens et sous cet angle le motif me paraît donc léger. A défaut d'être convaincu par cet axiome, force est de constater que ces domaines sont souvent intimement liés dans les faits.
Par ailleurs, certains ne manqueront pas de remarquer dans « Projet d'espoir » une référence pleine d'admiration pour la langue d'Aimée Césaire, un faux procès d'intention donc mais peut être une simple maladresse.
Nous ne sommes toutefois pas un mouvement du suivisme, mais du débat. Un leader nous a mis en marche mais c'est en conscience que nous ferons chaque pas et ce sans détourner le regard de nos erreurs.
Justement, le colonialisme est il une erreur de l'Europe?
Une erreur qui mériterait donc repentance. On m'accusera de jouer sur les mots mais au delà de cela ces mots charrient un sens, tout comme “civiliser” peut avoir la fragrance d’une fleur ou le tranchant d’une lame, voire les deux, selon le sens dont on l’investi. L'Europe n'y a pas fait UNE grande erreur qu'on engloberait d'un geste ample et compassé. L'Europe y a fait DES erreurs, il y a une vaste histoire du colonialisme et non pas un hoquet de l'histoire de l'Europe.
Au nombre des multiples erreurs -outre l'exploitation de la richesse des sols africains pour asseoir la richesse de notre continent encore évoquée au congrès- vient évidemment en premier lieu l'abjecte question de l'esclavage et là, la réponse est immédiate:
“L'esclavage était un crime contre l'humanité conduit par toute l'humanité" F. Bayrou
Car si la plus grande faute incombe évidemment aux Européens, il ne faut pas négliger les collaborations locales, qui ne diminuent en rien le crime.
Concrètement, Marielle De Sarnez et Bernard Lehideux ont déposé en 2005 un projet de loi pour faire reconnaître par l'Union Européenne la traite négrière et l'esclavage comme un « crime contre l'humanité ».
Est ce que le paternalisme et ses maladresses grotesques, est ce que l'envie de propager le progrès peuvent être taxés de crime pour autant?
Il s'agit là de graines qui ont mal poussées, tout comme il me paraît toujours déplacer de condamner le projet de société communiste à l'aune de la Russie stalinienne. Une certaine part des choses est évidemment à faire, c'est le rôle de l'Histoire.
Mais attention, ce rapport de l'histoire à l'état est ambigu.
Alors qu'en 2001 François Bayrou soutenait la reconnaissance du génocide arménien à l'assemblée, il refusa par la suite de pénaliser la négation de celui-ci. Une incohérence? Loin s'en faut, il s'agit simplement de ne pas exclure le débat, point névralgique du comportement démocrate et surtout d'avoir conscience que l'on a pas à légiférer, à pénaliser l'Histoire.
De ce point de vue, le décret sur le « rôle positif » du colonialisme, à l'unanimité, par le parlement est en effet une erreur d'une grossière maladresse. Il ne s'agit pas de dire que le colonialisme n'a eut que des rôles négatifs et de croupir dans la repentance d'une génération pour une autre mais simplement que ce n'est pas là le rôle de l'état.
La repentance ne peut être exclue mais elle ne doit être invoquée qu'en de rare cas et avec une prudence de forme qui doit rappeler que ce ne sont pas les gouvernements qui dictent les pages, que l'historien, rabaissé au rang de scribe, n'aurait qu'à remplir.
Par Guillaume MANGERET (4ème circonscription).
17:20 Publié dans Société et Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mémoire, histoire, esclavage, Grand, civilisation

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