« PEPIN D’ORANGE : « Bienvenue Colonel ! » | Page d'accueil | Création du Mouvement Démocrate ! »

17/12/2007

"Bons baisers de Russie (Démocratie Souveraine à la russe)"

« Nous prenons note des premiers résultats des élections du 2 décembre à la Douma d’Etat qui semblent donner une large majorité à la liste du parti "Russie unie" dirigée par le Président Vladimir Poutine.

Nous avons relevé les allégations d’irrégularités concernant ce scrutin même si nous ne sommes pas en mesure d’évaluer leur impact sur le résultat des élections.

Nous souhaitons que toute la lumière puisse être faite par les autorités russes sur ces allégations. »

Quelle élégante et discrète manière pour notre Ministère des Affaires Etrangères de réagir sur le rouleau compresseur politique qui sévit une fois de plus en Russie… Les élections législatives du 2 décembre dernier ont en effet été un nouvel exemple de la dérive antidémocratique du système politique russe, ouvrant la porte à la mise sous tutelle de l’expression politique dans ce pays.

Lors de ces élections, Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, a obtenu 64,4% des suffrages et remporté 315 sièges sur 450 à la Douma, la chambre basse du Parlement. Le Parti Communiste avec 11,57% des voix a remporté 57 sièges, contre 40 sièges (8,14%) pour le Parti Libéral Démocrate (parti d’extrême-droite) et 38 sièges (7,74%) pour Russie Juste (parti de gauche allié à Russie Unie). Ces élections ont vu la participation de 11 partis politiques, et un taux de participation de plus de 60%.

Ce scrutin a été présenté par Russie Unie comme un plébiscite pour Vladimir Poutine. Sans doute l’est-ce effectivement. Mais il convient de s’interroger sur les conditions qui ont conduit à former ce bloc monolithique à la Douma – une majorité effective de plus de 70%, avec en face deux partis d’extrêmes, minoritaires et incapables de s’unir. On peut également s’interroger sur les conditions d’accès au vote dans certaines régions : par exemple, c’est en République Tchétchène que le soutien à Russie Unie a été le plus fort : 99,36%. Les chiffres de participation n’ont malheureusement pas été rendus publics.

Ces chiffres staliniens amènent à revenir sur certains symptômes inquiétants qui se sont manifestés dans la vie politique russe durant l’année 2007, et tout particulièrement à l’approche de ces élections législatives.

En janvier 2007, Vladimir Poutine a affirmé avoir pris acte des critiques adressées à la législation électorale, et affirmé que les contrôles accrus devaient à terme favoriser une meilleure expression des partis une un meilleur pluripartisme. De fait, l’année politique 2007 et la préparation des législatives se sont traduites en Russie par une dégradation inquiétante de ce pluripartisme :

- Des manifestations de l’opposition  ont eu lieu depuis mars 2007 notamment menées par le Front Civique Uni, présidé par l’ancien champion du monde d’échecs Garry Kasparov et l’ancien premier ministre Mikhaïl Kassianov, rassemblant différents mouvements politiques d’extrême-gauche, de droite et d’extrême-droite, afin de revendiquer en vain des changements dans le système politique et une modification de la législation sur les partis politiques.

- L’Union des Forces de Droite a vu ses candidats menacés, ses tracts saisis, ses locaux perquisitionnés, dans le cadre de la loi sur l’extrémisme (étendue a toute déclaration diffamant des responsables politiques). La participation à des manifestations ou la publication d’écrits critiques sont désormais facilement taxés d’appel à la haine ethnique ou religieuse.

- Iabloko, une formation libérale a vu l’un de ses candidats assassiné par balles devant chez lui.

- « L’Autre Russie », le mouvement d’opposition de Gary Kasparov, n’a pas été autorisé à se présenter : son inscription en tant que parti politique a en effet été refusée. Depuis la modification de la loi électorale, les candidats non affiliés à un parti sont privés du droit d’éligibilité.

- Enfin, ces élections législatives ont révélé un déséquilibre impressionnant de moyens sur le plan de la communication et de la propagande politique. Avec Vladimir Poutine a sa tête, « Russie Unie » dispose de moyens beaucoup plus importants que les autres partis. Différences de budgets et de moyens : les rues et places de Moscou sont inondées d’affiches et de panneaux.

Le résultat de ces pratiques est que cette élection n’a inclus ni débats, ni enjeux, ni même programmes, et a fait de la Douma, le parlement russe, un simple spectateur de cette dégradation progressive de la démocratie. Ce vote va servir à Vladimir Poutine pour rester de facto au pouvoir, alors que certains dans son parti demandent déjà pour lui un statut de « chef de la Nation ». Est-ce le présage d’une présidence à vie ?

 A moins que, conséquence du résultat de ces élections, se profile le schéma d’une Douma dominée doublé d’un changement de la Constitution, et d’accorder ainsi le véritable pouvoir exécutif au Premier Ministre La Présidence devenant alors plus cérémoniale que réelle. Cela lui permettrait de rester au pouvoir sans donner l’apparence de transgresser la Constitution.

De fait, l’équilibre des pouvoirs est en train de se modifier de manière encore plus radicale : avec une disparition progressive du pouvoir législatif et une omnipotence croissante de l’Exécutif, c’est à un retour vers la Russie tsariste qu’on assiste en Russie. « Il n’y a plus ni Parlement ni Cour Constitutionnelle dignes de ce nom, le gouvernement est court-circuité par l’administration présidentielle, les juges sont soumis au pouvoir politique dès qu’une affaire devient délicate » (Marie Mendras, chercheuse au CERI, dans Le Monde, 15 octobre 2006).

En restant au pouvoir après 2008, Vladimir Poutine va probablement neutraliser l’une des réussites majeures de l’ère Eltsine : le transfert volontaire du pouvoir d’un leader politique à un autre. Les idéologues du Kremlin décrivent souvent la Russie comme une « démocratie souveraine ». De fait, ce système autocratique actuel n’a plus rien d’une démocratie, dont l’une des conditions premières est un pluripartisme et un renouvellement des courants au pouvoir.

Etonnamment, la grande majorité des électeurs russes semble apprécier l’attitude de Vladimir Poutine, dont la popularité reste en permanence à plus de 70% d’opinions favorables. L’une des raisons est l’absence de télévision indépendante. L’autre raison, encore plus importante, est que le règne de Vladimir Poutine a coïncidé avec une hausse importante des prix du pétrole, permettant ainsi d’améliorer les conditions de vie de millions de citoyens russes. Mais cette manne pétrolière pourrait ne pas durer.

Alors que Nicolas Sarkozy tente d’adopter une position plus ferme vis-à-vis de la Russie en tant que partenaire de l’Europe, ce manque de réaction conduit à s’interroger sur la fermeté réelle de ces prises de position. Peut-être un durcissement de ces positions serait-il nécessaire avant pour envoyer un réel signal à Vladimir Poutine avant l’arrivée de la France à la présidence de l’Union Européenne en juillet prochain. Ou peut-être est-ce à nous, partisans d’une expression politique libre, du pluripartisme et de la prise en compte des idées politiques des minorités de prendre conscience du danger que court la démocratie aux portes mêmes de notre Union Européenne.

 

Charles-Antoine DUBOI

Les commentaires sont fermés.